Contribution pour le congrès du Parti Socialiste

La République sociale et laïque, d’abord !

Les signataires :

34 Parlementaires : David ASSOULINE (Sénateur de Paris, SN du PS),

et Michèle ANDRÉ (Sénatrice du Puy de Dôme), Joël AVIRAGNET (Député de Haute-Garonne), Dominique BAILLY (Sénateur du Nord), Delphine BATAILLE (Sénatrice du Nord), Jacques BIGOT (Sénateur du Bas-Rhin), Maryvonne BLONDIN (Sénatrice du Finistère),Henri CABANEL (Sénateur de l’Hérault), Jacques CHIRON (Sénateur de l’Isère), Roland COURTEAU (Sénateur de l’Aude), Yves DANIEL (Député de Loire-Atlantique), Yves DAUDIGNY(Sénateur de l’Aisne), Claude DILAIN (Sénateur de Seine Saint-Denis), Jérôme DURAIN (Sénateur de la Saône et Loire), Anne EMERY-DUMAS (Sénatrice de la Nièvre), Christian FRANQUEVILLE (Député des Vosges), Catherine GENISSON (Sénatrice du Pas de Calais), Dominique GILLOT (Sénatrice du Val d’Oise), Jean GLAVANY (Député des Hautes-Pyrénées), Annie GUILLEMOT (Sénatrice du Rhône), Eric JEANSANNETAS (Sénateur de la Creuse), Bariza KHIARI (Sénatrice de Paris), Bernard LALANDE (Sénateur de la Charente-Maritime), Claudine LEPAGE (Sénatrice des Français établis hors de France), Jean-Claude LEROY (Sénateur du Pas-de-Calais), Jean-Jacques LOZACH (Sénateur de la Creuse), Philippe MADRELLE (Sénateur de la Gironde), Jacques-Bernard MAGNER (Sénateur du Puy de Dôme), Jean-Claude MASSERET (Sénateur de Meurthe et Moselle), Danielle MICHEL (Sénatrice des Landes), Christine PIRES-BEAUNE (Députée du Puy de Dôme), Christophe PREMAT (Député des Français établis en Europe du Nord), Sylvie ROBERT (Sénatrice d’Ile et Vilaine), Yannick VAUGRENARD (Sénateur de Loire-Atlantique).

Secrétaires Nationaux, 1ers Fédéraux, responsables et élus PS:

Colombe BROSSEL (Présidente du CN, SN Education), Karine GLOANEC- MAURIN (SN Culture et Médias), Marc MANCEL (SN Santé), Claude ROIRON (SN Parité et droits des femmes), Rémi FERAUD (1er SF de Paris, Maire 10ème Paris), Matthieu CAHN (1er SF du Bas-Rhin), Emmanuel GREGOIRE?(Adjoint à la Maire de Paris), Christophe GIRARD (Maire du 4ème Paris), Patrick KLUGMAN (Adjoint au Maire de Paris), Pénélope KOMITES (Adjointe au Maire de Paris).

Avec les attentats terroristes des 7, 8 et 9 janvier, notre pays vient de vivre une épreuve sans précédent depuis des décennies.
Le chef de l’Etat et le gouvernement ont géré cette crise avec force, sérénité, et le sang-froid nécessaire, pour permettre la sauvegarde de l’unité nationale, pas seulement l’unité des partis républicains, mais l’unité de la société civile toute entière, ne laissant que peu d’espace aux porteurs des discours de haine et de rejet d’une partie de la population, mettant sur la défensive ceux qui étaient déjà prêts à jeter les citoyens les uns contre les autres.
Le changement d’échelle dans les mesures immédiates annoncées pour protéger notre pays du terrorisme sur le plan sécuritaire, et pour répondre sur le plan judiciaire, éducatif, civique, de peuplement aussi, à l’extrémisme et à la radicalisation, est à la hauteur du changement d’échelle de la menace.
Mais tout laisse à penser qu’il s’agit d’un moment qui vient catalyser des tendances lourdes à l’œuvre depuis longtemps tant sur le plan international que national.

Ce n’est pas le point d’orgue d’une crise qui serait derrière nous maintenant. Bien au contraire, toutes ces tendances, tous les paramètres qui ont abouti à ce drame et à cette épreuve pour notre Nation, sont encore là aujourd’hui. Ils peuvent aboutir à d’autres évènements de cette nature, encore plus graves et sans que nous soyons en mesure d’affirmer avec confiance que la réaction de notre peuple sera aussi positive et porteuse d’espoir que celle qu’il a eu avec grandeur et puissance le 11 janvier quand il s’est levé en masse pour défendre la République et ses valeurs.

Il y a la montée des tensions et des conflits armés sur la scène internationale et l’expansionnisme prédateur de groupes islamistes mobilisant des jeunes gens fanatisés de tous pays. La planète elle-même, son éco-système est maintenant gravement mis en question, menacée dans son existence même par la folie incontrôlée d’un développement qui n’est ni durable ni vivable à moyen terme. L’Europe endettée, vieillissante, sans diplomatie ni défense commune, avec la guerre en Ukraine à ses portes, a tendance à se replier sur elle-même, et s’accommode de voir, à ses côtes, la mer Méditerranée devenir un cimetière de migrants. La finance folle domine toute l’économie réelle. La communauté internationale, souvent impuissante se montre peu soucieuse d’accompagner la mondialisation des échanges financiers, économiques, commerciaux et d’information, d’une mondialisation de la gouvernance démocratique effective et régulatrice.
Dans le même temps, on voit se multiplier les tendances à réduire la société française à une mosaïque d’individus, de groupes, voire de communautés, adhérant à de moins en moins de projets communs, mais partageant souvent des motifs nombreux et très divers de rejet des élites économiques, mais aussi politiques, syndicales et médiatiques. Ce patchwork élimé, aux coutures de plus en plus visibles et de moins en moins solides ne semble plus faire « nation » au sens que la Grande Révolution, celle de 1789, a donné à ce concept depuis trop souvent détourné, à savoir : une communauté volontairement composée de citoyens adhérant librement à des principes de vivre ensemble, dont les plus fondamentaux sont énoncés dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 et dont l’application et la continuité sont assurés par un Etat régi par le droit.

Mais il y a eu le 11 janvier 2015 qui fut historique parce qu’il fut un sursaut en profondeur, partout sur le territoire national où souvent on n’avait pas vu cela depuis la Libération, un sursaut qui continuera longtemps de produire ses effets. Ce sursaut est l’expression aussi de toutes les tendances positives qui sont à l’œuvre sur le plan international, européen et français. Le monde aspire majoritairement à la paix et à la dignité humaine. Les révolutions arabes ont montré aussi qu’une gigantesque aspiration à la liberté continue de progresser dans le monde. Les potentialités des révolutions technologiques, biotechnologiques, numérique, peuvent permettre des progrès considérables pour les échanges humains, la santé et le bien-être d’un plus grand nombre. Le peuple grec avec une plus grande force, comme le peuple français le 6 juin 2012, a choisi la nécessité de privilégier la croissance à l’austérité en Europe.

Dans cet esprit du 11 janvier, nous pouvons trouver la force et l’énergie pour que notre pays retrouve la confiance en lui-même, en sa démocratie et en son avenir.
Ce moment est aussi fondateur parce qu’il réorganise le champ politique et oblige toutes les partis à se situer d’abord par rapport à cet enjeu : défendre la République et ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, mises en causes depuis plus d’une décennie par les tenants du repli sur soi et du chacun pour soi, du « déclinisme’ et de l’égoïsme. Il situe l’enjeu central : empêcher la marche triomphale vers le pouvoir du FN, qui a de son côté consolidé sa dynamique à la faveur de ce drame national.

Il nous faut donc prendre le taureau par les cornes et affronter tout ce qui a permis la tentative d’assassinat de notre République et de notre Démocratie.
Pour le Parti Socialiste, qui doit être plus que jamais notre intellectuel collectif et pas une simple coordination d’élus, il convient maintenant d’engager sur le plan culturel et idéologique l’offensive pour la République Sociale et Laïque, pour et par ses valeurs, après tant d’années où elle a été sur la défensive.
Une course de vitesse s’engage : République ou FN.

Et malheureusement, seule la gauche, et le PS d’abord, sont en mesure de relever le défi tant la droite républicaine s’est fourvoyée ces dernières années, moquant la liberté, dénonçant l’égalité, dénigrant la fraternité, dévoyant la laïcité.

Des digues se sont rompues, des ponts se sont mis en place et ont infusé dans des « manifestations pour tous », où ensemble – droite et extrême-droite – ont combattu l’Egalité et la Laïcité.

Oui, globalement la droite ne mène plus ce combat pour la République, et dans l’exercice du pouvoir a attaqué le pacte social républicain issu de la Résistance, a fragilisé tous les moyens de la puissance publique permettant de crédibiliser et d’incarner concrètement les valeurs de la République. Le Sarkozysme, avec les nouveaux bataillons d’élus qu’il a formé, s’attaque frontalement au rôle de l’Etat républicain dans tous les domaines, l’école d’abord, mais aussi la santé, la protection sociale, la redistribution. Il renvoie dos à dos le Parti Socialiste et le FN comme on l’a encore vu avec l’élection du Doubs.
Certains ont cru que c’était en reprenant les idées de l’extrême-droite que celle-ci serait marginalisée, alors que cela n’a fait que la conforter, la crédibiliser et la banaliser.

Marine Le Pen ne s’y est pas trompée, comprenant trop bien l’enjeu du combat des idées, quand elle disait récemment en se référant même à Gramsci, que l’hégémonie culturelle, idéologique, précède toujours la victoire politique.
Et c’est ce à quoi nous avons assisté depuis que la politique a marqué tant d’impuissance à combattre les inégalités qui n’ont cessé de se creuser depuis 30 ans, et quand le débat public a substitué « l’identité » à « l’égalité » comme valeur protectrice.

L’incapacité de la République à tenir les promesses de sa devise l’a désincarnée aux yeux d’une partie de plus en plus grande de la population, en particulier dans les territoires les plus abandonnés et les plus en difficulté, qu’ils soient urbains, péri-urbains ou ruraux. Consciente de cette incapacité et culpabilisée par elle, la République n’a plus osé s’affirmer contre vents et marées contraires sur le plan national et international, comme la protection ultime et non négociable pour l’unité de notre nation et notre vie en commun. Sur ce terreau, tout ce qui a fait la force du pacte républicain a été attaqué et abîmé.

On a trop laissé dire et théorisé que l’Egalité n’était qu’un nivellement par le bas, empêchait l’ambition ou la réussite individuelle, et les extrémistes lui ont substitué lentement l’identité comme valeur protectrice.
On a trop laissé s’installer dans le débat public que la Liberté c’était le laisser-faire, ou la préoccupation de « bobos » déconnectée des vraies préoccupations du peuple, alors qu’elle seule permet de contester toutes les idéologies, toutes les religions, tous les pouvoirs et tous les dieux. Et les extrémistes lui ont substitué la « liberté » d’être antisémite et raciste et d’atteindre à la dignité des vivants et des morts qui est pourtant punie par nos lois.
On a trop négligé la Fraternité face à ceux qui n’ont cessé de la qualifier d’ « angélisme » ou de générosité déplacée en temps de crise, alors qu’elle est la base pour vivre et se sentir ensemble, qu’elle est partage et solidarité avec l’Autre. Et les extrémistes lui ont opposé le repli sur soi, l’entre-soi, ou la préférence nationale et communautaire, appelant « frère » uniquement son coreligionnaire.

On a trop permis que la laïcité soit attaquée – comble de perversité – comme un « intégrisme », alors qu’elle en est l’antidote, qu’elle promeut l’autonomie individuelle, la liberté de jugement par la capacité à se forger ses propres points de vue en échappant à ses enracinements familiaux, culturels, religieux ou sociaux, et c’est la liberté de croire ou de ne pas croire. Un Président de la République a pu même expliquer que le prêtre était au-dessus de l’instituteur pour la transmission des valeurs fondamentales. On a trop laissé penser que la morale et le sens ne s’incarnaient vraiment que dans le « sacré » chez des jeunes en quête de spiritualité, et que « croire » était supérieur à « savoir ». Et les extrémistes ont substitué à la laïcité, la dépendance communautaire et le déterminisme social et culturel, ou pire, dans une apparence inverse, l’ont dénaturé pour stigmatiser une partie de la population.

C’est donc un combat intellectuel, culturel et idéologique qu’il faut reprendre en nous en donnant tous les moyens, contre tous les extrémismes, celui de l’extrême-droite comme celui des intégrismes religieux et des fondamentalistes islamistes. Ils sont les deux faces de la même médaille. Leur opposition apparente est contenue dans leur idéologie commune qui pousse à la confrontation des nations et des religions, mais ils savent s’unir sur le fond. Leur terrain d’entente c’est leur haine de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, des femmes, c’est le racisme et l’antisémitisme, l’ « anti-système », et souvent le « complotisme », rassemblés d’ailleurs dans un « «jour de colère » dans Paris il y a quelques mois.

Mais à gauche aussi une clarification s’impose. Nous devons être vigilants et ne devons rien céder à ceux qui tendent à justifier toutes les dérives extrémistes par le développement des inégalités et des discriminations, qui substituent à la responsabilité individuelle qui s’impose à tous dans l’Etat de droit, la culpabilisation collective qui impuissante chacun. Car au final cette posture n’est que « condescendance » qui méprise l’universalité de tout être humain et sa liberté de choisir, par sa pensée et ses actes, quelle que soit sa condition et son origine, entre l’humanité et la barbarie.
Ce choix, c’est ce qui a fait la différence entre l’assassin Coulibaly et le héros Lassana Bathily, pas leurs conditions sociales d’existence, ni leur origine culturelle ou religieuse.
Ce choix c’est celui que font des millions de nos concitoyens quelles que soient leurs origines, qui malgré les difficultés de leurs vies, le chômage, les fins de mois « qui ne finissent jamais », leur relégation dans des ghettos urbains ou leur abandon dans des zones désertifiées, continuent de refuser de haïr les autres, de montrer du doigt les musulmans pour les uns, les juifs pour les autres, peuvent s’abstenir mais ne s’abandonnent pas aux vote extrémiste du FN ou à l’extrémisme islamiste. Eux, il faut les comprendre, les écouter même quand ils ne parlent pas fort, les valoriser et les remobiliser.

Nous devons être exemplaires et déterminés dans la lutte contre toutes les discriminations, contre toutes les injustices et inégalités, et pour les droits de chacun, et au nom de ce combat, n’accepter aucune dérive antisémite, raciste ou extrémiste sans réagir et organiser les mobilisations nécessaires.

Comme le dit si bien Alain Mérieu : « Nous devons sortir de l’oscillation infernale qui domine, dans le brouhaha médiatique, entre le discours de l’excuse et celui de l’exclusion, entre le  » tout-victimaire  » et le  » tout-coupable  » ». La laïcité n’est pas le « relativisme culturel », la tolérance n’est pas l’acceptation de l’intolérance, ni la libre concurrence des identités et des religions dans l’espace public, c’est un ensemble de règles communes de l’Etat de droit qui s’imposent à tous en s’appuyant sur des valeurs humanistes. Et c’est d’abord à l’école que doit être forgé cette conscience laïque et citoyenne, ce qui était l’ambition même de la réforme de l’éducation : « refonder l’Ecole pour refonder la République ».

C’est ce combat pour la République universelle qui a une nouvelle fois tonné le 11 janvier 2015, et les peuples du monde entier qui l’ont entendu et reconnu, pour le saluer le plus souvent, ou pour sporadiquement le conspuer, ne s’y sont pas trompés. C’est cette conception universelle de la dignité humaine qui est la force de notre Nation dans le monde. Mais c’est grâce à la capacité de notre République à s’incarner dans la vie quotidienne de nos concitoyens qu’elle surmontera ses épreuves, et se régénèrera en étant celle de tous ses citoyens et citoyennes.

Alors oui, aujourd’hui, il faut avoir le courage de dire que l’offensive pour la République sociale et laïque, doit être le préalable à tous nos combats économiques. Elle doit leur donner du sens, être structurante de toutes nos stratégies et tactiques politiques, irriguant notre pensée et nos actes dans tous les domaines de l’action publique.

Pour être socialiste il faut d’abord être républicain.